Le Cercle de soutien et de responsabilité (CSR)

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À la marge de la justice restaurative et des dispositifs existants de préparation à la sortie de détention, le Cercle de soutien et de responsabilité (CSR) est une mesure de justice restaurative innovante en matière de (ré)investissement de la communauté dans l’accompagnement à la réinsertion.

 

En quoi consiste un Cercle de soutien et de responsabilité ?

 

S’adressant à des infracteurs auteurs de violences sexuelles (AVS), sortant de détention, présentant un fort risque de récidive et se trouvant dans une situation de grand isolement social, au regard du rejet réel – assez généralisé – des auteurs ce type d’infractions, le CSR leur propose un accompagnement par des bénévoles membres de la communauté, à un rythme adapté aux évolutions de leur réinsertion, jusqu'au terme de la reconquête complète de leur autonomie.

Structuré et sécurisé, le cercle est coordonné par un professionnel, spécifiquement formé.

Le cercle de soutien et de responsabilité se compose de deux cercles concentriques :

  • le premier cercle,  "cercle d’accompagnement" (ou "cercle intérieur") est composé de membres bénévoles de la communauté (de 3 à 4 généralement, spécialement recrutés et formés). Quelque mois avant sa sortie de prison, ils rencontrent, l’intéressé (ou membre principal du cercle) afin d’envisager, ensemble, les possibilités de son accompagnement et les modalités de celui-ci.

Dès sa sortie ce cercle de bénévoles, de manière particulièrement attentive et assidue les premiers jours, répond à ses demandes de tous ordres, notamment lorsque le risque de récidive potentielle en matière sexuelle (viols, actes de pédophile notamment) se fait ressentir. Ils l’accompagnent dans la consolidation des démarches mises en place, destinées à satisfaire ses besoins essentiels de réinsertion (logement, travail, soins notamment) ainsi que dans les aspects très concrets de la vie quotidienne. Ils sont aussi présents pour l’aider à se (re)socialiser, par un travail avec lui sur la (ré)acquisition de compétences sociales indispensables à la réintégration harmonieuse de la communauté et de son autonomie.

  • Le second cercle, ou "cercle ressources" (ou "cercle extérieur") est composé de bénévoles appartenant à diverses branches d’activités : psychologues, policiers, agents pénitentiaires, travailleurs sociaux, chefs d’entreprise, avocats, personnes ayant été victimes par le passé, notamment. Ce cercle intervient, à la demande du coordinateur du cercle ou d’un membre du cercle intérieur (dont le membre principal), en cas de difficultés particulières, pour suggérer des solutions qui seront débattues dans le cercle, avec l’intéressé.

« "Plus jamais de victimes", et "Personne n'est jetable" sont les deux pierres angulaires sur lesquelles repose la raison d'être du CSR » (Jean-Jacques Goulet)

Les buts du Cercle de soutien et de responsabilité sont :

  • de permettre une gestion adaptée des risques de récidive en matière sexuelle, dans et par la communauté ;
  • de permettre la nécessaire réinsertion d’une personne en situation de grand isolement social qui, étant en fin de peine, ne bénéficie d’aucun suivi socio-judiciaire particulier, voire même d’un rejet plus global de la part de leurs communautés d’appartenance, de la société tout entière plus généralement ;
  • de favoriser l’évolution positive du comportement de l’intéressé en renforçant les facteurs protecteurs contre sa récidive en matière sexuelle, en développant ses propres habiletés, tout en réduisant ses facteurs de risque ;
  • d’encourager l’infracteur à mesurer l’impact humain, social et/ou matériel de son action et d’en assumer la responsabilité, avec l’aide de la communauté.

 

À quels moments un Cercle de soutien et de responsabilité peut-il être proposé ?

 

Le Cercle de soutien et de responsabilité est une mesure s’adressant spécifiquement aux infracteurs condamnés pour violences sexuelles, exécutant leur peine en détention et proche du terme de celle-ci (6 à 12 mois). La mesure est proposée quelques temps avant la fin de la période d’exécution de la peine, alors même qu’aucun accompagnement socio-judiciaire n’est mis en place.

Le profil des intéressés est important, il s’agit :

  • d’infracteurs en matière sexuelle ;
  • détenues et en fin de peine ;
  • présentant, après leur évaluation, un risque élevé à modéré de récidive ;
  • en situation de grand isolement/rejet social ;
  • qui, très logiquement, sont appelés à regagner la communauté.

Certains programmes s’adressent, de manière plus particulière, à des auteurs d’infractions à caractère non sexuel (V. Les cercles d’accompagnement et de ressources – CAR).

 

Le déroulement d’un Cercle de soutien et de responsabilité

 

Le cercle de soutien et de responsabilité se déroule, comme toutes les mesures de justice restaurative, en quatre phases distinctes.

  1. Sur proposition du coordonnateur des Cercles de soutien et de responsabilité, après accord du détenu auteur de violences sexuelles et vérification de l’éligibilité de son cas, notamment avec l’administration pénitentiaire et l’autorité judiciaire, le cas échéant, le CSR est envisagé avant la sortie définitive du membre principal. Le coordonnateur le rencontre en ce sens dans le cadre d’entretiens préalables.
  2. Les membres bénévoles du cercle d’accompagnement sont également spécifiquement recrutés par le coordonnateur. Préparés et préalablement formés, ceux-ci vont rencontrer le membre principal en détention. Cette phase de préparation est essentielle, car elle permet à chacune des personnes appelées à être membres du cercle de faire connaissance et de se choisir mutuellement, avant que le cercle ne s’articule à l’extérieur.
  3. Lorsque cette phase préparatoire est achevée, que les membres du cercle d’accompagnement se sont choisis et que le cercle ressources a été constitué par le coordonnateur, le déroulement du CSR est formalisé par un protocole d’engagement, entre le membre principal et les bénévoles de la communauté.
    « La confidentialité́ est un des éléments remarquable qui caractérise les CSR. Elle permet de façonner le rapport de confiance qui doit se tisser. Son corollaire édicte comme principe que le secret n'a pas sa place dans les relations que vont nouer les membres du cercle intérieur » (H. Lefebvre).
  4. Le CSR entre en action dès la libération du membre principal. Les membres du cercle d’accompagnement sont alors disponibles individuellement et en permanence pour lui apporter leur soutien, dans le respect des limites préalablement définies. Chaque fois que de besoin, les membres du cercle d’accompagnement font appel au cercle ressources, par l’intermédiaire du coordonnateur du cercle, au cas de difficulté(s) nouvelle(s) que le cercle d’accompagnement ne peut résoudre seul.

Une fois par semaine, l’ensemble du cercle d’accompagnement, dont le membre principal, se réunit avec le coordonnateur du cercle pour évoquer les actions accomplies et les sentiments de chacun, notamment au travers de questions de nature à responsabiliser le membre principal, au regard de son comportement passé et à venir. C’est aussi l’occasion d’aborder les difficultés éventuellement rencontrées, présentées par les bénévoles du cercle ressources.

La durée de mise en action du cercle de soutien et de responsabilité est fonction des besoins de l’intéressé et de son niveau d’investissement personnel dans le cercle. En effet, celui-ci peut, à tout moment, le quitter (aucune obligation particulière, notamment pénale, ne l’y astreignant). Il prend fin, naturellement, lorsque le membre principal est apte à évoluer par lui-même au sein de la communauté, "pourvu de son propre réseau social, et surtout affranchi de l’étiquetage" de criminel sexuel. Les membres bénévoles de la communauté sont un soutien et une garantie essentiels vers la reconquête de l’autonomie par l’intéressé lui-même qui, souvent, reconnaît que "sans le cercle, j’aurai récidivé" (J.J. Goulet).

I.F.J.R, BP 70131, 64001 PAU CEDEX 01