Les Rencontres détenus-victimes (RDV)

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La possibilité de participer à une session de « Rencontres détenus – victimes » (RDV) peut être offerte à un groupe de personnes détenues et à un groupe de personnes victimes (trois à cinq personnes respectivement), ne se connaissant pas et n’étant pas concernées par la même affaire.

Réalisée sous le contrôle de deux animateurs, la Session de rencontres se fait également en présence de deux membres de la communauté, avec le souci d’un réel équilibre entre les genres (un homme / une femme) et des profils (un(e) membre de la communauté jeune et un(e) plus âgé(e), notamment).

Cette mesure de justice restaurative est la première à être introduite en France. Une première Session de RDV a ainsi été organisée en 2010 par l’INAVEM, la Maison centrale de Poissy, le SPIP des Yvelines et ceux qui allaient fonder l’IFJR trois ans plus tard. Des Sessions sont désormais régulièrement mises en œuvre.

 

En quoi consiste une Session de rencontres détenus-victimes ?

 

Ces sessions de rencontres diffèrent légèrement des autres mesures de justice restaurative dans la mesure où la sanction, prononcée, est en cours d’exécution. De la même manière, la victime a normalement été indemnisée des dommages consécutifs au crime.

Ce que les uns et les autres viennent chercher en participant à ces rencontres après le procès pénal se trouve situé sur un autre registre, plus symbolique mais pour autant susceptible d’être fortement réparateur : la libération des émotions négatives consécutives au crime qui continuent de les submerger, à défaut d’avoir été effectivement prises en compte par des professionnels jusqu’alors, sans concurrencer, naturellement, une thérapie en cours.

Il ne s’agit plus de trouver une solution équitable au conflit qui a opposé les protagonistes, mais de leur permettre de prendre réciproquement conscience des conséquences et des répercussions du crime.

Structurées et sécurisées, les rencontres sont mises en œuvre par deux animateurs professionnels ou bénévoles, spécifiquement formés à l’animation et rompus par ailleurs aux techniques de gestion de groupe.

Les membres de la communauté, toujours bénévoles, également formés, sont présents pour échanger, à titre personnel ou au nom de la communauté avec les personnes détenues et les personnes victimes. Le cas échéant, sans interférence avec le rôle des animateurs, ils leur apportent un soutien lorsque l’émotion les suberge.

Les buts de la Session de rencontres, dirigée par les deux animateurs, sont :

  • de rendre possible la rencontre entre les personnes victimes et les personnes détenues, en présence des deux membres de la communauté ;
  • d’encourager les détenus à mesurer l’impact humain, social et/ou matériel de leurs actions dans une posture de responsabilisation ;
  • de conduire chacun à reconsidérer le point de vue de l’autre et à en tenir davantage compte ;
  • de permettre à chacun de continuer son cheminement personnel en ayant pu formuler directement les questions qui le taraude (le "pourquoi ?" et le "comment ?"), en vérifiant la sincérité du cheminement de l’autre et ainsi entrer en empathie réciproque par la (re)découverte de l’humanité de chacun.

 

À quels moments une Session de rencontres détenus-victimes peut-elle être proposée ?

 

La participation à une Session de rencontres détenus-victimes, du fait même de la situation procédurale des personnes concernées, intervient après le procès pénal.

Les participants au groupe des détenus ont été condamnés, exécutent leur peine en détention et reconnaissent pleinement les faits pour lesquels ils ont été condamnés.

En ce qui concerne les participants au groupe des victimes, les choses sont différentes. Si la majorité d’entre elles a généralement connu un procès pénal jusqu’à son terme, la participation d’une personne pour laquelle une procédure pénale n’aurait pas pu avoir lieu est également possible (art. 10 Code de procédure pénale).

La participation à une Session de rencontres détenus-victimes n’est pas déterminée par la nature de l’infraction commise ou subie, dès lors que les participants ne se connaissent pas et ne sont pas liés par la même affaire. Les participants condamnés étant détenus, les infractions pour lesquelles cette mesure de justice restaurative est proposée sont généralement graves. Il importe par ailleurs que les groupes soit équilibrés et que les infractions commises et subies soient relativement similaires, surtout lorsqu’elles sont particulièrement graves.

De telles rencontres peuvent également être envisagées au bénéfice de condamnés exécutant des peines au sein de la communauté, il s’agit alors de rencontres condamnés-victimes (RCV).

 

Le déroulement d’une Session de rencontres détenus-victimes

 

Une session de rencontres détenus-victimes se déroule, comme toutes les mesures de justice restaurative, en quatre phases distinctes.

D’une manière générale, les animateurs procèdent selon un processus très proche de ceux des autres mesures de justice restaurative.

  1. Ils s’interrogent sur la recevabilité des cas qui leurs sont soumis par les "référents de Justice restaurative" des services partenaires en rencontrant les personnes concernées (détenus et victimes), volontairement engagées dans le processus.
  2. Ils s’entretiennent alors avec chaque personne, séparément et le plus souvent à plusieurs reprises. Après avoir rappelé les caractéristiques de la mesure envisagée (son cadre, ses contraintes, ses limites notamment), ils vérifient quelles sont les motivations de chacun à vouloir y participer. Ils peuvent ainsi s’assurer des aptitudes psychiques et psychologiques des intéressé(e)s à s’investir dans ce processus humainement très difficile. Ils les informent de la possibilité de quitter à tout moment le processus et leur rappelle, qu’en cas de besoin, un accompagnement psychologique leur sera assuré (au sein de l’établissement pénitentiaire ou d’un Service d’aide aux victimes respectivement).
    Cette phase de préparation individuelle s’achève lorsque les participants s’estiment prêts à se rencontrer, par une réunion du groupe des personnes victimes d’une part et des personnes détenues d’autre part, avant la première rencontre plénière. Cette rencontre préparatoire permet aux participants de chaque groupe de faire connaissance entre eux et avec les membres de la communauté. Une visite de l’établissement pénitentiaire où se dérouleront les rencontres est proposée aux personnes victimes , afin qu’elles se rendent compte de la préparation des locaux (disposition en cercle, sécurité et confidentialité, confort, convivialité notamment).
  3. Les rencontres ont lieu, durant cinq à six semaines, au cours de séances de trois heures, ponctuées d’une pause conviviale. Chaque rencontre est placée sous l’autorité des animateurs.
    À l’occasion de chaque rencontre, chacun doit pouvoir, dans le respect de la parole de l’autre, exposer ce que le crime a provoqué en lui/elle, ce qui demeure non résolu et ce que ces rencontres pourraient apporter ou sont sur le point d’apporter (ou non) au fur et à mesure de leur déroulement.
    Il est essentiel de souligner que les animateurs comme les membres de la communauté se gardent de tout jugement de valeur lors des échanges. Dans une posture de neutralité bienveillante, les uns facilitent l’échange de la parole entre tous les participants, les autres encouragent de manière beaucoup plus ponctuelle un orateur en particulier et/ou réagissent ès qualités de membre de la communauté affectée par le crime.
    D’une rencontre sur l’autre, il peut être demandé aux participants de partager la représentation qu’ils se font d’eux-mêmes (ou de l’autre) consécutivement aux faits.
  4. Au cours d’une dernière séance, à deux mois généralement de la cinquième rencontre, les participants sont réunis pour évoquer, ensemble, les résultats atteints au cours de ce cheminement collectif. S’ils le souhaitent, un échange symbolique d’objets ou d’écritures (sous toutes ses formes) sans valeur marchande peut intervenir afin de finaliser la clôture de la Session et de renforcer davantage encore le processus de compréhension et de reconnaissance mutuelle entrepris.
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Justice Restaurative : Rencontres détenus-victimes. Aide aux victimes INAVEM

Inspirées de pratiques qui ont fait leurs preuves outre-atlantique et notamment, au Québec via le Centre de services de justice réparatrice (CSJR), l'INAVEM et la Maison centrale de Poissy mettent en œuvre des Sessions de RDV, depuis 2010, en collaboration avec l'IFJR.
I.F.J.R, BP 70131, 64001 PAU CEDEX 01